La chute de Rojava : une victoire inattendue pour le pouvoir syrien

L’accord qui a mis fin à l’enclave kurde syrienne a été présenté comme une solution pragmatique. Cependant, il marque un revers important pour les dirigeants kurdes. Les Forces démocratiques syriennes (FDS), majoritairement composées de Kurdes, ont subi une défaite militaire après avoir perdu le soutien américain, qui avait autrefois facilité leur avancée contre l’État islamique. Leur absence d’appui aérien et leurs armes limitées ont rendu leur résistance impossible face à l’offensive des forces syriennes fidèles au chef de l’État, Ahmad al-Sharaa.

Ce retrait a permis aux autorités syriennes de récupérer le contrôle du nord-est, non pas en tant que partenaire mais comme une force centralisée souhaitant renforcer son emprise sur la région. Des postes-frontière et des revenus pétroliers ont été réappropriés par Damas, marquant un retour à l’unité territoriale. Les dirigeants kurdes avaient tenté de maintenir leur autonomie en acceptant une sousordination militaire, mais les pressions internes et externes ont conduit à la dissolution progressive des structures politiques locales.

Le président al-Sharaa, lié à des groupes ayant évolué vers un idéalisme radical, a profité de cette situation pour affirmer son autorité. Son alliance avec des acteurs stratégiques, notamment la Russie, a permis une stabilisation temporaire, tout en permettant à des organisations comme Hay’at Tahrir al-Sham (HTS) de renforcer leur position dans des zones limitrophes. La diplomatie russe, bien que controversée, a joué un rôle clé dans la gestion de ces tensions.

Le projet kurde, longtemps soutenu par des alliances internationales, a perdu son élan face aux attaques turques et à l’isolement diplomatique. Les efforts pour maintenir une autonomie armée ont été étouffés par les pressions croissantes de la Turquie et de ses alliés. Cette défaite symbolise non seulement un échec militaire, mais aussi une perte de confiance dans l’idée d’une décentralisation durable.

L’influence internationale a également joué un rôle crucial. Les États-Unis, bien que présents initialement, ont progressivement reculé, laissant les forces syriennes reprendre le contrôle. Cette évolution a mis en lumière l’instabilité des alliances et l’incapacité de maintenir une autonomie indépendante dans un contexte géopolitique complexe.

Aujourd’hui, les Kurdes syriens font face à une réalité brutale : leur rêve d’autonomie est désormais menacé par des décisions politiques et militaires qui privilégient l’unité nationale au détriment de leurs aspirations. Cette situation rappelle les défis persistants de la région, où les projets d’indépendance sont souvent écrasés par les intérêts plus larges des puissances régionales et internationales.