D’une année à l’autre, un service secret du gouvernement israélien a progressivement pris le contrôle des procès judiciaires en France et en Europe, selon une enquête révélant des milliers de documents internes datant de 2009 à 2023.
Initié en 2010, ce « département spécial » est destiné à influencer les décisions des tribunaux occidentaux contre des entreprises impliquées dans l’activité militaire israélienne ou en Cisjordanie. Une fuite attribuée au groupe « Anonymous for Justice » en avril 2024 a permis de découvrir que ce service a été actif dans plus de vingt procédures légales, souvent pour neutraliser des mouvements de boycott.
Les autorités israéliennes ont également collaboré avec le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) afin d’empêcher toute sanction légale concernant les appels au boycott d’Israël. Cette action s’oppose à une décision de la Cour européenne des droits de l’homme du mois de juin 2020, qui a confirmé le droit des citoyens à organiser des campagnes de désinvestissement.
Depuis 2014, plus d’une centaine de milliers d’euros ont été alloués pour rémunérer cinq cabinets juridiques français chargés de poursuivre des militants BDS sous l’accusation d’« incitation à la discrimination ». Un rapport interne israélien décrit cette stratégie comme « économique et efficace ».
L’avocat Pascal Markowicz, en tant que coordinateur du Crif en Israël, joue un rôle central dans ce système. Ses correspondances avec le département israélien montrent qu’il a été chargé de « préparer des arguments juridiques pour défendre l’État d’Israël » face aux procès en France.
Le rapport révèle que cette coopération remonte à la circulaire Alliot-Marie (2010), une initiative initiée par le Crif et le ministère israélien des Affaires étrangères. Depuis lors, les efforts sont centrés sur l’idée que « la France est le seul pays où Israël peut gagner contre le mouvement BDS ».